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Parole d’experte : entretien avec Margaux Vassal de France Terre d’Asile

Un nouveau partenariat pour renforcer la mobilité inclusive solidaire et durable au service de l'intégration des publics migrants.

Le Réseau Mob’In et l’association France Terre d’Asile sont ravis de vous annoncer la signature d’une convention de partenariat en novembre 2025, qui officialise la volonté de travailler ensemble, au service de la mobilité et de l’intégration des publics migrants en France.

Cet aboutissement marque le début d’une nouvelle étape pour mieux accompagner et outiller les professionnels de chaque réseau afin qu’ils soient eux-mêmes pleinement à l’aise pour accompagner les publics vers une mobilité autonome et durable. Découvrez l’interview de Margaux VASSAL.

Margaux Vassal interviewée par Kurvina Selly, Responsable Communication du Réseau Mob’In.

Pouvez-vous nous présenter votre rôle au sein de France Terre d’Asile ?

MV : Je suis Chargée de mission au sein de la Direction Partenariats, Innovations et Programmes Transversaux. Mon équipe a pour mission de structurer les partenariats nationaux de l’association, d’assurer le déploiement des programmes sans hébergement, notamment les programmes AGIR. Dans ce cadre, je pilote la dynamique « Partenariats & Innovation » sur les enjeux de mobilité.

Les publics accompagnés par France Terre d’Asile

MV : France Terre d’Asile est une association loi 1901 engagée dans la promotion des droits humains et l’accompagnement des personnes exilées ayant besoin d’une protection internationale, notamment les demandeurs d’asile, les réfugiés et les mineurs isolés étrangers. Dans le champ de l’intégration, nous accompagnons plus de 9 000 bénéficiaires de la protection internationale, à travers des dispositifs avec ou sans hébergement.

Les profils des publics sont particulièrement diversifiés. Nous accompagnons aussi bien des femmes que des hommes, des personnes isolées comme des familles. De nombreuses nationalités sont représentées, même si certains pays d’origine le sont davantage tels que l’Afghanistan, la Côte d’Ivoire ou le Bangladesh.

De manière générale, les publics accompagnés par France Terre d’Asile présentent des parcours, des profils et des besoins très hétérogènes. L’association intervient principalement auprès de personnes rencontrant des difficultés dans leur parcours d’intégration, qu’elles soient

  • sociales,
  • linguistiques,
  • professionnelle,
  • ou personnelles.

Parmi les obstacles les plus fréquemment rencontrés :

  • la maîtrise de la langue française,
  • les difficultés d’accès au logement,
  • les freins à l’emploi,
  • les problématiques de santé et de santé mentale,
  • la garde d’enfants,
  • les enjeux de mobilité.

L’association se mobilise également pour proposer une prise en charge adaptée aux vulnérabilités spécifiques rencontrées par certains publics : femmes seules avec enfants, femmes victimes de violence, personnes LGBT+, …

La mobilité inclusive comme enjeu clé pour les publics migrants

MV : La mobilité constitue aujourd’hui un frein majeur pour nos publics accompagnés, en particulier pour les personnes en parcours d’insertion.

La question de la mobilité se pose toutefois de manière très différente selon les territoires, France Terre d’Asile étant implantée sur l’ensemble du territoire national.

En Île-de-France par exemple, l’accompagnement porte principalement sur l’accès et l’usage des transports en commun. Les difficultés apparaissent notamment lorsque les personnes travaillent en horaires décalés ou doivent se rendre dans des zones insuffisamment desservies par les réseaux existants.

Dans des territoires plus enclavés, comme la Lozère ou les Hautes-Alpes, les enjeux sont d’une autre nature. L’accompagnement se concentre alors sur l’apprentissage du code de la route, l’obtention du permis de conduire et l’accès à un véhicule, des éléments souvent indispensables pour accéder durablement à un emploi et à un logement.

Les freins à la mobilité observés chez les publics migrants

MV : Les freins à la mobilité que nous observons le plus souvent chez les publics migrants sont multiples et souvent cumulés : 

La barrière linguisitique

La barrière linguistique constitue un frein majeur, en particulier lorsqu’il s’agit d’entrer dans un parcours de conduite. L’apprentissage du code de la route, du permis de conduire ou même la compréhension des règles de sécurité routière nécessitent un accompagnement spécifique, parfois avec un recours à l’interprétariat, notamment lors du passage du code.

Ces freins sont encore renforcés pour les personnes non-lectrices ou non scriptrices, pour lesquelles il est nécessaire de développer des ressources et des outils de mobilité spécifiquement adaptés.

La barrière financière

À cela s’ajoute le besoin de financements dédiés à certaines solutions concrètes, comme des navettes pour se rendre sur le lieu de travail, qui peuvent faire la différence dans les parcours d’insertion.

Le manque de connaissance des solutions de mobilité locales

Il existe un manque de connaissance des solutions de mobilité locales et des difficultés à s’en saisir de manière autonome.

La maîtrise du numérique

Cela concerne notamment l’usage des outils numériques liés aux transports — applications de la SNCF, du vélo, du covoiturage — qui supposent à la fois une maîtrise du numérique et de la langue.

Le manque de sensibilisation aux enjeux liés à la mobilité

Nous constatons également un manque de sensibilisation aux enjeux liés à la mobilité : sécurité, coûts associés, entretien d’un véhicule — qu’il s’agisse d’un vélo, d’un scooter ou d’une voiture — autant de dimensions qui peuvent freiner l’autonomie et la prise d’initiative.

La complexité administrative

L’accès au permis de conduire reste un obstacle important, qu’il s’agisse de l’ASR, du permis AM, B ou même du vélo, en raison de la complexité des démarches, du coût financier et des prérequis administratifs.

Les obstacles à l’accès à un véhicule

Enfin, l’accès à un véhicule constitue un frein déterminant, notamment dans les territoires peu desservis par les transports en commun. L’absence de solutions de mise à disposition temporaire, de location à coût adapté ou d’aides à l’achat — par exemple via le microcrédit — limite fortement les possibilités d’accès à l’emploi et au logement.

Partenariat avec Mob’In et perspectives

MV : Nous avons souhaité nous engager dans un partenariat avec le Réseau Mob’In car la mobilité a été clairement identifiée comme l’un des enjeux principaux dans les parcours d’insertion des publics migrants que nous accompagnons. Les équipes font remonter un manque de connaissance et de ressources pour mettre en place des solutions adaptées.

Face à des problématiques de mobilité complexes et territorialisées, il nous a donc semblé essentiel de nous appuyer sur l’expertise du réseau. Le Réseau Mob’In apporte :

  • Une connaissance fine des dispositifs existants,
  • Des acteurs locaux,
  • Des solutions innovantes en matière de mobilité inclusive.

Ce partenariat nous permet de renforcer l’accompagnement proposé à nos publics, d’outiller nos équipes et de développer des réponses adaptées aux réalités très diverses des territoires sur lesquels nous intervenons.

Une volonté commune de lever les freins structurels à la mobilité des publics migrants et de faire de la mobilité un véritable facteur d’inclusion sociale et professionnelle.

Des expertises complémentaires : Mob’In et France Terre d’Asile

MV : Nous disposons d’une connaissance fine des publics migrants, de leurs parcours, de leurs freins spécifiques et des réalités sociales, administratives et territoriales auxquelles ils sont confrontés au quotidien. Cette expertise de terrain permet d’identifier précisément les besoins en matière de mobilité et leurs impacts sur les parcours d’insertion. L’association accompagne directement un nombre important de bénéficiaires d’une protection internationale (BPI) dans ses différents établissements et peut donc proposer des solutions opérationnelles au plus proche des besoins des personnes accompagnées.

Le Réseau Mob’In apporte, de son côté, une expertise reconnue sur les enjeux de mobilité inclusive, la structuration de solutions adaptées et la mise en réseau des acteurs locaux. Sa connaissance des dispositifs existants, les programmes tels qu’Intégramob et Intégracode, et son implantation à la fois nationale en tant que fédération, et territorialisée, permet de transformer les besoins identifiés en réponses concrètes et adaptées aux territoires.

Ce partenariat permet également de renforcer les compétences des équipes, de favoriser l’innovation sociale et de développer des réponses durables, contribuant ainsi à lever les freins à l’insertion sociale et professionnelle des personnes accompagnées.

La mobilité inclusive : levier essentiel d’intégration durable pour les publics migrants en France

MV : La mobilité inclusive va bien au-delà du simple déplacement : elle est un levier fondamental pour l’intégration durable des publics migrants en France, car elle conditionne l’accès à de nombreux droits et services essentiels. La mobilité inclusive permet aux publics migrants d’exercer pleinement leur droit fondamental à se déplacer.

La mobilité ne s’improvise pas car elle renvoie à des réalités différentes dans chaque pays du monde. Ce qui peut paraître évident pour nous constitue souvent un véritable défi pour les personnes migrantes. La maîtrise des transports, des outils numériques, des règles de sécurité ou encore des démarches administratives et législatives liées à la mobilité nécessitent un accompagnement spécifique.

En savoir plus sur France Terre d’Asile

France Terre d’Asile, association loi 1901 fondée en 1970, a pour but le maintien et le développement de l’asile et de garantir en France l’application de toutes les conventions internationales pertinentes. Il s’agit d’aider toutes les personnes en situation de migrations de droit : celles répondant aux définitions de « réfugié » et « d’apatride », et les personnes ne bénéficiant pas du statut légal de réfugié ou d’apatride.

Visiter le site France Terre d’Asile

Le Centre Appui Ressources – intégration par France Terre d’Asile a pour but de rendre les parcours d’intégration des bénéficiaires d’une protection internationale (BPI) plus efficaces par la montée en compétences des acteur·rices de l’asile et de l’intégration ; afin de garantir un meilleur accès aux droits ainsi qu’une amélioration des conditions d’accès à l’emploi et au logement pour ce public cible.

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